Une araignée dans le plafond.
Tout cela m’est revenu en tête il y a environ 2 mois. Je travaillais sur un projet peu intéressant que le client lui-même s’évertuait à enlaidir. Plus je faisais d’efforts pour rendre une copie travaillée et originale, plus lui me demandait de gommer les « artifices ». La qualité de mon travail dépend trop souvent des lubies et humeurs de mes clients qui ramènent le projet dans un processus régressif. Mais partant du principe que le client paie, je n’insiste jamais trop pour imposer mon point de vue. J’en éprouve, évidemment, une grande frustration. Cela m’avait littéralement tapé sur les nerfs.
Puis, passé ce moment de colère, je me suis surpris à rêver de nouveau d’une reconversion, d’un métier neuf et excitant.
Une phrase m’est alors revenue en mémoire. Une phrase de Roger, instructeur au sol d’une école de pilotage à Québec où j’avais commencé mon brevet de pilote privé il y a presque 2 ans.
« J’aimerais ça, voler avec toé ! » m’avait-il lancé à l’issue d’un cours. Alors que j’en restais bouche bée, essayant de comprendre s’il s’agissait d’un compliment, il avait ajouté : « Tu m’a l’air de comprendre ben des affaères » (en québecois, dans le texte). Je n’avais pas osé demander plus d’explications.
J’ai regretté souvent, depuis mon retour du Québec, il y a plus d’un an, d’être rentré trop tôt et de n’avoir pas continué ce brevet. Car j’ai adoré voler. Il semble que j’avais quelques facilités pour cela et je trouve finalement dommage de n’avoir pas persévéré pour décrocher le brevet. Les aléas de la vie en ont décidé autrement.
Aujourd’hui, je me prends à imaginer avec beaucoup d’excitation – mais aussi d’interrogations - que je pourrais me relancer de manière plus sérieuse et plus professionnelle dans cette aventure.
Bien évidemment, il ne s’agit pas de devenir pilote de ligne à 42 ans ; je ne suis pas naïf à ce point. Simplement de piloter des avions légers et des bimoteurs pour du transport médical, du nolisement, de la brousse ou même de l’instruction. Je ne suis pas le premier à l’envisager à mon âge et je ne serais pas le dernier, après tout.
Prenant mon courage à deux mains, j’ai repris contact par mail avec mes anciens instructeurs sol et vol et leur ai fait part de mon idée, de mes envies, de mes doutes…
« Non, tu n’es pas trop vieux pour le faire, mais c’est maintenant ou jamais. Ton âge, chez nous, est un gage de maturité ; on aime ça. Et si tu en as vraiment envie, tu réussiras».
C’est en lisant ces mots que mon enthousiasme est allé grandissant. Pourquoi pas, après tout ? Pourquoi n'embrasserais-je pas enfin une vraie belle carrière ?
Pourquoi ne pourrais-je pas, moi aussi, réaliser dans ma vie quelque chose de chouette, d'ambitieux, de grand, de culotté, d’excitant. Quelque chose qui me valorise vraiment et qui puisse enfin me permettre de penser de moi-même que je ne suis finalement pas si nul. Quelque chose qui me remette en selle pour les 25 ans à venir…
Certes, c’est un travail énorme et il faut une motivation, une patience à toute épreuve… et alors ? Il n'est jamais trop tard pour bien faire.
Non, ce n’est pas donné à tout le monde de piloter un avion. Mais ce n’est pas non plus insurmontable. La preuve, je l’ai déjà fait… et pas mal fait, je pense !
J’ai donc beaucoup réfléchi depuis 2 mois. L’idée ne me quitte plus et se transforme petit à petit en véritable projet. J’en ai parlé à très peu de gens. Eric, bien que peu loquace sur le sujet, semble voir d’un très mauvais œil la perspective d’une autre séparation dont, il est vrai, la durée est incertaine. « Si c’est vraiment ce que tu veux, vas-y » m’a-t-il dit. Une bénédiction qui sonnait comme un regret. Sur fond d’incompréhension.



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