mercredi 9 mai 2007

Le regard des autres...

Coup de fil de Michel V. il y a quelques jours. On se donne les dernières nouvelles. Il part pour trois semaines de vacances au Mexique et sera à la retraite à son retour. Comme le temps passe…
- Et toi, Thierry, où en es-tu ? Quelles sont les nouvelles ?
- Ben moi… j’en ai ma claque de mon job, je suis arrivé au taquet ; j’ai décidé de me reconvertir.
- Ah ? Et que vas-tu faire ?
- Passer ma licence de pilote professionnel au Canada et faire du transport d’urgence médicale, de la brousse, ou du nolisement...
Silence de mort interminable à l’autre bout du fil. Il n’y croit pas une seconde. J’éclate simplement de rire. Car la même situation s’est produite il y a quelques semaines à Toulouse lors du week-end de Pâques alors que je participais à un tournoi de rugby.
J’ai commencé à informer mes co-équipiers de mon projet professionnel. Chaque fois, leur regard a trahi leur doute. Personne n’y croit vraiment. Comment un simple webdesigner de 42 ans pourrait-il changer à ce point de vie professionnelle et se retrouver aux commandes d’un avion ? Comment peut-on basculer ainsi d’un univers professionnel à un autre ? C’est probablement la question qu’ils se sont posée au moment où j’exposais mon projet. Et c’est là toute la différence entre notre culture du travail et la culture du travail Nord-Américaine. Chez nous, il faut justifier sa décision, expliquer en long, en large, et en travers pourquoi et comment on va changer d’orientation professionnelle. Car on aime mettre les gens dans des compartiments, les étiqueter, les labelliser, leur attribuer une fonction précise et, si possible, définitive. Jusque récemment, lors d’un entretien d’embauche, on considérait encore comme instable tout individu qui affichait un CV trop riche en épisodes. Les choses changent, certes, mais lentement.
En Amérique du nord, la question ne se pose même pas. Plus on est enclin à changer de fonction, plus on fait preuve de curiosité, d’adaptabilité, de souplesse et d’intelligence. J’ai fait part de mon projet à plusieurs amis Canadiens et Américains. Ils ont manifesté une certaine joie à l’idée que j’allais entreprendre quelque chose de nouveau et me lancer un grand défi. Pour eux, comme pour moi, cela représente un privilège. A aucun moment je n’ai senti le doute s’installer dans leurs encouragements.
J’ai conscience de passer, aux yeux de certains, pour un prétentieux, un fou furieux, ou un doux rêveur. Peu importe…leurs doutes seront pour moi une raison de plus pour réussir. Et je ne connais personne qui ait réussi ce genre d’entreprise sans un minimum de prétentions, sans un brin de folie… et surtout sans rêver.


Et comme disait René Char : « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront. »

2 commentaires:

Pierre a dit…

Oui, laisse faire, ils se fatigueront avant toi.
J'avais 39 ans lorsque je suis devenu pilote pro... et j'étais un petit fonctionnaire sans avenir avant. J'en ai 53 aujoud'hui, je pilote toujours pour mon plus grand bonheur et je ne sui spas pressé de m'arrêter. Tout arrive lorsqu'on le veut vraiment et je suis sûr que tu arriveras à atteindre ton but.
Bonne chance à toi. Pierre

PilotBear a dit…

Merci, Pierre, pour ces encouragements.

PilotBear