Voilà maintenant 10 ans que j'exerce le métier de webdesigner. Dix longues années, dont 7 sous le statut de free-lance à concevoir et développer des sites internet. Ce sont ces 7 dernières qui comptent le plus pour moi, les précédentes en entreprise m’ayant surtout démontré la véracité de la théorie de « l’exploitation de l’homme par l’homme».
Je ne regrette rien : j'en ai plutôt bien vécu globalement, je me suis beaucoup amusé à mes débuts, j’ai appris pas mal de choses, tant sur le plan créatif que technique, j'ai travaillé sur toutes sortes de projets pour toutes sortes de clients.
Je me suis aussi beaucoup usé dans des journées de travail interminables enfumées – il fût un temps - au tabac blond et arrosées de litres de café fort. Parfois jusqu’au heures où mes clients, eux, se rasaient devant leur glace ou engloutissaient leur petit-déjeuner après une bonne nuit de sommeil. J’ai eu autant de joies que de déceptions, pas mal de succès, peu de ratages – il en faut - … la moyenne est donc plutôt bonne.
J’en retiens essentiellement que mon travail m’a permis d’être plus libre que la plupart des salariés en entreprise. Libre de gérer mon temps comme bon me semblait, libre d’accepter ou refuser un projet, libre de gérer mes projets à ma façon, libre de gagner peu ou beaucoup d’argent, suivant le budget du client…
J’en retiens aussi, contrairement à des millions de travailleurs dans ce pays, que je sais ce que veut dire être heureux de faire un boulot épanouissant que l’on aime vraiment et démarrer un nouveau projet dans la joie et la bonne humeur.
Mais il est des métiers qui ne sont pas faits pour une vie entière. Le mien est de ceux-là. Je ne m’imagine pas à 65 ans devant un écran, à produire de jolies images pour d’aussi jolis sites internet. Je ne m’imagine pas les mains sur le clavier, à longueur de journée, à « pisser du code » pour faire fonctionner des catalogues et autres boutiques virtuels. Peut-être tout simplement parce que je ne ressens plus ce bonheur de travailler pour autre chose que l’argent. Il n’y a tout simplement plus de passion. Plus de flamme. Je ne suis plus heureux dans mon travail. Et comme il représente la plus grande partie de mon existence, je ne suis probablement plus tout à fait heureux dans ma vie non plus.
J’ai l’impression d’avoir fait le tour de la question et de ne plus avoir ma place dans ce milieu. Le travail des plus jeunes me confirme d’ailleurs souvent cette impression. Ils sortent des écoles, sont doués, imaginatifs, osent tout et maîtrisent très bien les outils de création. Du coup, je me fais l’effet d’être un imposteur. Et mon self-confiance en profite bien évidemment pour se mettre en vrille.
Voilà 10 ans que j’ai le cul vissé à mon fauteuil direction et que j’ai enfermé mon existence dans une boîte grise où règne un monde binaire froid et incroyablement prévisible; 10 ans que mon regard navigue d’un bord à l’autre de ces fenêtres grises dont j’avais cru naïvement qu’elles étaient une ouverture sur l’extérieur. Elles ne m’ont finalement poussé qu’à me replier petit à petit sur moi-même, sans que j’en ai vraiment conscience. Je me sens seul, insatisfait, aigri, fatigué, désabusé, sans véritable perspective professionnelle. Mon seul réconfort, dans ces moments de grande frustration – je n’en suis pas encore à la déprime- , reste le frigo que j’ouvre vingt fois par jour pour y trouver de quoi occuper mes mains autrement qu’avec une souris et un clavier.
J’ai 42 ans. L’âge des bilans. Le moment de s’arrêter pour se retourner sur la moitié du chemin que l’on vient de faire avant d’entamer la dernière partie du voyage. Je regarde la photo depuis quelques années déjà. Je n’y vois rien dont je puisse être vraiment fier. Rien qui ne flatte mon ego d’aucune manière que ce soit. J’aurais aimé faire de ma vie quelque chose qui ait de la gueule. Quelque chose qui ait vraiment du sens. Et c’est là tout mon « drame » : je n’ai jamais trouvé aucun sens à cette vie qui est la mienne et j’ai le sentiment de n’avoir fait que perdre mon temps. Je n’ai ni femme, ni enfants, ni responsabilité d’aucune sorte, si ce n’est justement celle de faire de moi-même un individu autonome, productif et utile à la collectivité. Je ne possède rien non plus, n’étant pas véritablement attaché au matériel et à l’argent.
N’avoir rien fait dans sa vie dont on puisse être fier est un handicap. Et si certains s’en satisfont, moi pas.
Alors voilà, à 42 ans, je prends une décision. Une grande décision. La plus grande et la plus belle qu’il m’ait été donné de prendre. Une des ces décisions qui donnent un vrai sens à votre vie et viennent la changer radicalement. Et plus qu’une décision, je pense qu’il s’agit en fait d’un vrai projet de vie et d’un pari sur moi-même. J’ai décidé de reprendre des études. De GROSSES études !
J’aurai pu acheter une maison, me construire un bateau, partir faire le tour du monde… non, je reprends des études. Histoire de reprendre tout à zéro, de faire de nouveau quelque chose qui me plaît, et de faire maintenant ce que j’aurais pu faire 20 ans plus tôt. Histoire d’être en paix avec moi-même aussi… j’imagine.
C’est là l’objet de ce blog dont j’espère qu’il sera un lien avec mes proches, mes amis, mais aussi ceux qui, ayant aussi fait ce projet de vie professionnelle, sauront, à défaut de me juger, m’apporter leurs conseils, leur soutien moral, leur expérience et leur vision des choses. Car cet ambitieux projet requiert beaucoup de motivation, de volonté, de travail, et de ténacité. Et pour être tout à fait honnête, je ne suis pas absolument certain d’avoir aujourd’hui tout le potentiel pour gravir seul la montagne qui se tiendra devant moi dans quelques mois. Mais je compte bien me « botter le cul », et surtout « m’approprier » le savoir, le vécu et le courage de ceux qui ont osé prendre cet envol pour moi-même garder le cap et arriver à bon port.
Une chose dont je suis sûr en revanche, c’est que je n’ai pas le droit de me plaindre de ma condition ou de ce qu’est ma vie sans avoir fait un minimum pour la changer et la rendre plus belle, plus excitante.
Or, j’ai aujourd’hui les moyens de changer le cours des choses : je n’ai « que » 42 ans, je suis en bonne santé, normalement intellectuellement constitué, j’ai quelques économies et les moyens d'en faire d'autres, quelques appuis pour m’aider à atteindre mon but dans les meilleurs conditions possibles.
Pour finir, ayant fait part de mon projet à quelques professionnels pour connaître leur avis, ces derniers m’ont conforté dans mon idée que j’avais une chance de réussir mon entreprise.
Et si toutefois, je devais échouer… j’aurai tenté ma chance et je pourrai être fier d’avoir au moins essayé.
En revanche, en cas de réussite dans ma reconversion, ce journal de bord s'avèrerait un excellent exemple pour tous les enfants à qui l'on a menti un jour...
« Mais de quoi parle t-il » vous demandez-vous…
De voler. Juste de voler...