jeudi 5 avril 2007

Ma première fois.

Ma première expérience aux commandes d’un Cessna 172 fût un peu étrange. J’étais, bien évidemment, très heureux et fier d’être là-haut mais, curieusement, peu impressionné. Ce que je regrettais presque. Le plaisir de la découverte ne fût pas total car j’avais déjà expérimenté la chose. De manière très virtuelle, certes, mais de façon assez proche de la réalité en ce qui concerne l’environnement du cockpit. Sans vouloir faire de publicité, Le Flight Simulator de Microsoft a tout pour donner des ailes à un novices et ce logiciel est sacrément bien fichu. Seule les sensations physiques font défaut à cet outil que j’utilisais déjà depuis quelques mois pour anticiper mes cours de pilotage.
Assis en place gauche dans la vraie machine, je retrouvais donc mes marques assez rapidement ; à commencer par les principaux instruments de bord : anémomètre, horizon artificiel, altimètre et indicateur de cap qui, à eux quatre, forment sur le tableau de bord ce T que tout élève pilote apprend à photographier mentalement. Les autres ne m’étaient pas inconnus non plus ; mais la plupart m’étaient inutiles sur le simulateur et pour les petits vols VFR (View Flight Rules - Règles de Vol à Vue) auxquels je m’exerçais.
A 2500 pieds d’altitude, en plein mois de février 2005, ce premier vol d’initiation fut un vrai bonheur. D’abord parce que je découvrais Québec d’un autre point de vue – et Dieu sait si le monde, vu d’en haut, est beau et différent - , mais aussi parce que j’appliquais déjà en conditions réelles ce que j’avais appris sur simulateur et dans les livres de formation que j’avais commencé à étudier. Et j’étais d’autant plus à l’aise que cet avion - une des références en matière de formation - se révélait plus facile à maîtriser et plus souple que mon simulateur qui, lui, souffrait des caprices d’un processeur un peu lent.
De l’aéroport Jean Lesage, à quelques kilomètres du centre-ville, nous avions pris une direction Nord-est pour une montée en altitude de croisière ; puis vous avions viré plus au Nord en direction de l’île d’Orléans, avant de revenir tranquillement nous poser à l’aéroport. Ciel dégagé, quelques nœuds de vent seulement… des conditions idéales pour un vol d’initiation sensé m’encourager à signer un contrat de formation un peu plus tard. Eric, propriétaire de l’école de pilotage et instructeur, m’avait patiemment expliqué comment balayer le ciel par zones successives afin de déceler l’éventuelle présence d’autres avions à notre altitude. J’avais pris de mauvaises habitudes avec le simulateur et gardais une fâcheuse tendance à trop regarder les instruments de bord. Il m’expliqua aussi comment monter, descendre, virer, le tout d’une seule main sur le manche et avec la plus grande douceur. Et à ma grande surprise, j’avais pu constater avec quelle docilité l’avion répondait à ces caresses subtiles et calculées.
Nous étions rentrés au bercail avec un coucher de soleil quasiment de face… une pure beauté.
Ce vol dura une heure. Autant dire que cette heure m’avait paru ridiculement courte, ce qui témoignait du réel plaisir pris derrière les commandes. Dès l’instant où les roues du Cessna ne touchèrent plus le sol, je su très rapidement que j’allais adorer piloter. Car m’extraire du monde m’avait procuré tout à coup une sorte de grande et belle plénitude.

mercredi 4 avril 2007

Je pose 2, je retiens 4...

J’ai pesé le pour et le contre, sondé ma propre motivation, évalué la somme et le temps de travail nécessaires à la réussite, calculé le coût d’une telle formation en y incluant tous les frais annexes. J’ai finalement choisi de faire cette formation au Canada pour plusieurs raisons :
  • le coût est inférieur à celui pratiqué en France,
  • l’enseignement y est plus pragmatique,
  • à mon âge, je suis plus crédible là-bas et mon vécu sera mieux pris en considération,
  • l’isolement me semble être un gage de réussite,
  • j’ai quelques connaissances dans le domaine aéro au Québec qui se feront une joie de me guider lorsque j’en aurai besoin,
  • c’est un pays idéal pour voler : paysages magnifiques, toutes conditions météos, moins de restrictions de zones, et une heure payée est une heure volée puisqu’on ne patiente pas 20 minutes sur les pistes avant les décollages.

L’obtention d’une licence de pilote professionnel est conditionnée par celle d’une licence de pilote privé. Ce qui offre la possibilité de s’arrêter au privé si l’on sent que l’on fait fausse route. Après tout, personne n’est à l’abri d’une erreur d’aiguillage, et certains rêves se transforment parfois en cauchemars. D’autre part, une formation de pilote ne se paie jamais intégralement au démarrage… pas de risque, donc, d’investir à fonds perdus en cas de « démission » ou autre incident de parcours.
Une licence privée se fait en 3 à six mois sur la base d’une fréquence de cours et de vols régulière. Une licence professionnelle se fait en 12 à 18 mois. Parfois moins pour les « aéro-génies », ce que je ne suis certainement pas.
Je suis parfaitement (trop ?) conscient de mon profil atypique. Mais si cela m’amène souvent à douter de mes chances de réussite, c’est aussi ce qui me rend conscient du travail que je devrai fournir pour atteindre mon but. Après tout, j’étais déjà atypique dans le web ; ce qui ne m’a pas empêché d’en faire mon métier pendant 10 ans. Avec tout le travail d’auto-formation en amont, la suite a été relativement aisée.

Pour mettre toutes les chances de mon côté et réussir en un minimum de temps, j’envisage de suivre cette formation à plein temps et de l’aborder comme un travail à part entière.En quelque sorte, j’entrerai en aviation comme on entre en religion. Et je n’aurai plus qu’à croire en moi-même comme on croit en Dieu. Et comme je ne crois pas en Dieu...

Une araignée dans le plafond.

Tout cela m’est revenu en tête il y a environ 2 mois. Je travaillais sur un projet peu intéressant que le client lui-même s’évertuait à enlaidir. Plus je faisais d’efforts pour rendre une copie travaillée et originale, plus lui me demandait de gommer les « artifices ». La qualité de mon travail dépend trop souvent des lubies et humeurs de mes clients qui ramènent le projet dans un processus régressif. Mais partant du principe que le client paie, je n’insiste jamais trop pour imposer mon point de vue. J’en éprouve, évidemment, une grande frustration. Cela m’avait littéralement tapé sur les nerfs.
Puis, passé ce moment de colère, je me suis surpris à rêver de nouveau d’une reconversion, d’un métier neuf et excitant.
Une phrase m’est alors revenue en mémoire. Une phrase de Roger, instructeur au sol d’une école de pilotage à Québec où j’avais commencé mon brevet de pilote privé il y a presque 2 ans.
« J’aimerais ça, voler avec toé ! » m’avait-il lancé à l’issue d’un cours. Alors que j’en restais bouche bée, essayant de comprendre s’il s’agissait d’un compliment, il avait ajouté : « Tu m’a l’air de comprendre ben des affaères » (en québecois, dans le texte). Je n’avais pas osé demander plus d’explications.
J’ai regretté souvent, depuis mon retour du Québec, il y a plus d’un an, d’être rentré trop tôt et de n’avoir pas continué ce brevet. Car j’ai adoré voler. Il semble que j’avais quelques facilités pour cela et je trouve finalement dommage de n’avoir pas persévéré pour décrocher le brevet. Les aléas de la vie en ont décidé autrement.
Aujourd’hui, je me prends à imaginer avec beaucoup d’excitation – mais aussi d’interrogations - que je pourrais me relancer de manière plus sérieuse et plus professionnelle dans cette aventure.
Bien évidemment, il ne s’agit pas de devenir pilote de ligne à 42 ans ; je ne suis pas naïf à ce point. Simplement de piloter des avions légers et des bimoteurs pour du transport médical, du nolisement, de la brousse ou même de l’instruction. Je ne suis pas le premier à l’envisager à mon âge et je ne serais pas le dernier, après tout.
Prenant mon courage à deux mains, j’ai repris contact par mail avec mes anciens instructeurs sol et vol et leur ai fait part de mon idée, de mes envies, de mes doutes…

« Non, tu n’es pas trop vieux pour le faire, mais c’est maintenant ou jamais. Ton âge, chez nous, est un gage de maturité ; on aime ça. Et si tu en as vraiment envie, tu réussiras».
C’est en lisant ces mots que mon enthousiasme est allé grandissant. Pourquoi pas, après tout ? Pourquoi n'embrasserais-je pas enfin une vraie belle carrière ?
Pourquoi ne pourrais-je pas, moi aussi, réaliser dans ma vie quelque chose de chouette, d'ambitieux, de grand, de culotté, d’excitant. Quelque chose qui me valorise vraiment et qui puisse enfin me permettre de penser de moi-même que je ne suis finalement pas si nul. Quelque chose qui me remette en selle pour les 25 ans à venir…
Certes, c’est un travail énorme et il faut une motivation, une patience à toute épreuve… et alors ? Il n'est jamais trop tard pour bien faire.

Non, ce n’est pas donné à tout le monde de piloter un avion. Mais ce n’est pas non plus insurmontable. La preuve, je l’ai déjà fait… et pas mal fait, je pense !

J’ai donc beaucoup réfléchi depuis 2 mois. L’idée ne me quitte plus et se transforme petit à petit en véritable projet. J’en ai parlé à très peu de gens. Eric, bien que peu loquace sur le sujet, semble voir d’un très mauvais œil la perspective d’une autre séparation dont, il est vrai, la durée est incertaine. « Si c’est vraiment ce que tu veux, vas-y » m’a-t-il dit. Une bénédiction qui sonnait comme un regret. Sur fond d’incompréhension.

mardi 3 avril 2007

Et la lumière fût.

Voilà maintenant 10 ans que j'exerce le métier de webdesigner. Dix longues années, dont 7 sous le statut de free-lance à concevoir et développer des sites internet. Ce sont ces 7 dernières qui comptent le plus pour moi, les précédentes en entreprise m’ayant surtout démontré la véracité de la théorie de « l’exploitation de l’homme par l’homme».
Je ne regrette rien : j'en ai plutôt bien vécu globalement, je me suis beaucoup amusé à mes débuts, j’ai appris pas mal de choses, tant sur le plan créatif que technique, j'ai travaillé sur toutes sortes de projets pour toutes sortes de clients.
Je me suis aussi beaucoup usé dans des journées de travail interminables enfumées – il fût un temps - au tabac blond et arrosées de litres de café fort. Parfois jusqu’au heures où mes clients, eux, se rasaient devant leur glace ou engloutissaient leur petit-déjeuner après une bonne nuit de sommeil. J’ai eu autant de joies que de déceptions, pas mal de succès, peu de ratages – il en faut - … la moyenne est donc plutôt bonne.
J’en retiens essentiellement que mon travail m’a permis d’être plus libre que la plupart des salariés en entreprise. Libre de gérer mon temps comme bon me semblait, libre d’accepter ou refuser un projet, libre de gérer mes projets à ma façon, libre de gagner peu ou beaucoup d’argent, suivant le budget du client…
J’en retiens aussi, contrairement à des millions de travailleurs dans ce pays, que je sais ce que veut dire être heureux de faire un boulot épanouissant que l’on aime vraiment et démarrer un nouveau projet dans la joie et la bonne humeur.

Mais il est des métiers qui ne sont pas faits pour une vie entière. Le mien est de ceux-là. Je ne m’imagine pas à 65 ans devant un écran, à produire de jolies images pour d’aussi jolis sites internet. Je ne m’imagine pas les mains sur le clavier, à longueur de journée, à « pisser du code » pour faire fonctionner des catalogues et autres boutiques virtuels. Peut-être tout simplement parce que je ne ressens plus ce bonheur de travailler pour autre chose que l’argent. Il n’y a tout simplement plus de passion. Plus de flamme. Je ne suis plus heureux dans mon travail. Et comme il représente la plus grande partie de mon existence, je ne suis probablement plus tout à fait heureux dans ma vie non plus.
J’ai l’impression d’avoir fait le tour de la question et de ne plus avoir ma place dans ce milieu. Le travail des plus jeunes me confirme d’ailleurs souvent cette impression. Ils sortent des écoles, sont doués, imaginatifs, osent tout et maîtrisent très bien les outils de création. Du coup, je me fais l’effet d’être un imposteur. Et mon self-confiance en profite bien évidemment pour se mettre en vrille.

Voilà 10 ans que j’ai le cul vissé à mon fauteuil direction et que j’ai enfermé mon existence dans une boîte grise où règne un monde binaire froid et incroyablement prévisible; 10 ans que mon regard navigue d’un bord à l’autre de ces fenêtres grises dont j’avais cru naïvement qu’elles étaient une ouverture sur l’extérieur. Elles ne m’ont finalement poussé qu’à me replier petit à petit sur moi-même, sans que j’en ai vraiment conscience. Je me sens seul, insatisfait, aigri, fatigué, désabusé, sans véritable perspective professionnelle. Mon seul réconfort, dans ces moments de grande frustration – je n’en suis pas encore à la déprime- , reste le frigo que j’ouvre vingt fois par jour pour y trouver de quoi occuper mes mains autrement qu’avec une souris et un clavier.

J’ai 42 ans. L’âge des bilans. Le moment de s’arrêter pour se retourner sur la moitié du chemin que l’on vient de faire avant d’entamer la dernière partie du voyage. Je regarde la photo depuis quelques années déjà. Je n’y vois rien dont je puisse être vraiment fier. Rien qui ne flatte mon ego d’aucune manière que ce soit. J’aurais aimé faire de ma vie quelque chose qui ait de la gueule. Quelque chose qui ait vraiment du sens. Et c’est là tout mon « drame » : je n’ai jamais trouvé aucun sens à cette vie qui est la mienne et j’ai le sentiment de n’avoir fait que perdre mon temps. Je n’ai ni femme, ni enfants, ni responsabilité d’aucune sorte, si ce n’est justement celle de faire de moi-même un individu autonome, productif et utile à la collectivité. Je ne possède rien non plus, n’étant pas véritablement attaché au matériel et à l’argent.
N’avoir rien fait dans sa vie dont on puisse être fier est un handicap. Et si certains s’en satisfont, moi pas.
Alors voilà, à 42 ans, je prends une décision. Une grande décision. La plus grande et la plus belle qu’il m’ait été donné de prendre. Une des ces décisions qui donnent un vrai sens à votre vie et viennent la changer radicalement. Et plus qu’une décision, je pense qu’il s’agit en fait d’un vrai projet de vie et d’un pari sur moi-même. J’ai décidé de reprendre des études. De GROSSES études !
J’aurai pu acheter une maison, me construire un bateau, partir faire le tour du monde… non, je reprends des études. Histoire de reprendre tout à zéro, de faire de nouveau quelque chose qui me plaît, et de faire maintenant ce que j’aurais pu faire 20 ans plus tôt. Histoire d’être en paix avec moi-même aussi… j’imagine.

C’est là l’objet de ce blog dont j’espère qu’il sera un lien avec mes proches, mes amis, mais aussi ceux qui, ayant aussi fait ce projet de vie professionnelle, sauront, à défaut de me juger, m’apporter leurs conseils, leur soutien moral, leur expérience et leur vision des choses. Car cet ambitieux projet requiert beaucoup de motivation, de volonté, de travail, et de ténacité. Et pour être tout à fait honnête, je ne suis pas absolument certain d’avoir aujourd’hui tout le potentiel pour gravir seul la montagne qui se tiendra devant moi dans quelques mois. Mais je compte bien me « botter le cul », et surtout « m’approprier » le savoir, le vécu et le courage de ceux qui ont osé prendre cet envol pour moi-même garder le cap et arriver à bon port.
Une chose dont je suis sûr en revanche, c’est que je n’ai pas le droit de me plaindre de ma condition ou de ce qu’est ma vie sans avoir fait un minimum pour la changer et la rendre plus belle, plus excitante.
Or, j’ai aujourd’hui les moyens de changer le cours des choses : je n’ai « que » 42 ans, je suis en bonne santé, normalement intellectuellement constitué, j’ai quelques économies et les moyens d'en faire d'autres, quelques appuis pour m’aider à atteindre mon but dans les meilleurs conditions possibles.
Pour finir, ayant fait part de mon projet à quelques professionnels pour connaître leur avis, ces derniers m’ont conforté dans mon idée que j’avais une chance de réussir mon entreprise.
Et si toutefois, je devais échouer… j’aurai tenté ma chance et je pourrai être fier d’avoir au moins essayé.
En revanche, en cas de réussite dans ma reconversion, ce journal de bord s'avèrerait un excellent exemple pour tous les enfants à qui l'on a menti un jour...

« Mais de quoi parle t-il » vous demandez-vous…
De voler. Juste de voler...