Les yeux au ciel...
Mes trois derniers vols planifiés ont encore été annulés pour cause de mauvaise météo. Chaque bloc de trois heures que je réserve au dispatch se transforme en une heure de cours préparatoire qui ne sert finalement pas à grand-chose puisque je ne vole pas pour le mettre en pratique. En revanche c’est toujours ça de pris pour Julien qui encaisse à chaque fois le coût de son cours. Je pense que je ne vais plus tarder à mettre un terme à ce petit jeu. Me farcir le cerveau de théorie et de cours préparatoires ne me sert à rien, je n’apprends correctement qu’en mettant les mains dans le cambouis.
Je totalise exactement 3 heures de vol depuis que j’ai commencé ma formation ici. A ce rythme-là, je ne suis pas au bout avant des lustres. A l’évidence, j’ai mal évalué la période pour démarrer ; nous sommes en automne, il pleut tout le temps, et je ne serai certainement pas arrivé à bout de la licence privée en décembre. Or, Janvier et Février sont aussi de mauvais mois pour voler car les températures sont, la plupart du temps, trop basses pour les Cessna. Moi qui ne mets pour ainsi dire jamais le nez à la fenêtre pour savoir comment m’habiller, me voici obligé de consulter les prévisions météo à 2 semaines pour les noter et réserver des blocs d’heures de vol les jours où il est supposé faire beau. Mon problème, en ce début de formation, est que les entraînements de maniabilité et technique de vol que j’aborde requièrent une bonne visibilité sur l’horizon. Or, le ciel étant particulièrement bas et chargé, point d’horizon à l’horizon.
En attendant que la météo daigne se montrer un peu plus clémente, je suis tout de même, trois heures, deux fois par semaine, les cours de théorie que nous dispense Alexis, et révise avec plus ou moins de plaisir selon le sujet abordé. Car si la mécanique du vol, les communications radio, ou la théorie du vol m’intéressent beaucoup, la réglementation et les systèmes moteur m’excitent déjà moins. Mais l’aviation faisant appel à un ensemble de connaissances incontournables et souvent complémentaires, je fais comme tout le monde… je me force et me dis simplement que c’est pour mon bien.
Comme je m’y attendais, je suis confronté à quelques soucis de mémorisation et de concentration. Notamment dès qu’il s’agit de digérer des chiffres. Les combinaisons d’altitude, de distances horizontales et verticales selon les divers espaces aériens, par exemple, finissent toujours par m’échapper bien qu’il me semble les avoir assimilées correctement à la lecture. Et curieusement ce n’est pas forcément les choses les plus simples que je retiens le mieux. Je n’ai pas encore vraiment trouvé de parade, si ce n’est relire, relire, relire pour imprimer dans mon petit cerveau. Mais à ce jeu-là, et avec la somme phénoménale d’informations à retenir, je ne suis pas certain que la technique soit réellement efficace. Ce qui a pour effet de me faire psychoter pendant mes révisions…
J’ai terminé depuis 15 jours ma préparation au Pstar. Elle sera corrigée demain par Alexis, et je pense avoir atteint au moins la note minimum. Mais je suis convaincu de ne pas être capable de refaire le test sans les bouquins. Cela me gène profondément. Mais pas Alexis, apparemment, qui dit ne pas se faire de souci. L’habituelle positive attitude des Québécois. Qui m’irrite parfois.
Mon deuxième vol s’est mieux passé que le premier. Je me suis attaché dès le début du vol à évacuer ce que l’on considère en aéronautique comme le pire ennemi du pilote : le stress. J’avais effectivement pris conscience après ce premier vol calamiteux que mon stress m’avait tout simplement rendu totalement inopérant, irrationnel, et inefficace. Ou con… pour faire plus court. J’ai aussi réalisé que les paramètres imposés par Julien étaient nettement plus nombreux que ceux que m’imposait Jérôme lors de ma première formation à Québec. La pédagogie de Julien est donc plus immersive et « agressive » mais, à mon avis, plus efficace pour une première autoévaluation et pour placer correctement des objectifs et se mettre en perspective.
Le vol a eu lieu par beau temps, ce qui m’a permis de contempler de temps à autre les tâches de couleurs, du jaune au rouge, que l’automne est venu poser sur ce coin de la planète, annonçant du même coup un été indien que les vents actuels pourraient bien chasser rapidement, cette année encore. Au menu du maître-instructeur : virages, virages à grande inclinaison, et vol lent sur le retour. Et bien sûr, quelques repérages carte inopinés comme il les aime tant. Petit indice de confiance de la part de Julien avant le départ : il m’a laissé effectuer la visite pré-vol tout seul sans la superviser. Mais j’avoue avoir rigolé dans ma barbe en l’imaginant m’observer de loin, caché derrière les stores de la fenêtre du dispatch.



