samedi 10 mai 2008

La fuite des cerveaux... (c'est pas que chez les autres)

Mon retour au Canada date maintenant d'une semaine et je n'ai volé qu'une fois ; le lendemain même de mon arrivée. Je n'ai pas jugé utile de le mentionner jusqu'à aujourd'hui tellement ma "prestation" m'a déçu, tout en me faisant prendre conscience de la fragilité de mes acquis. Certes, j'avais perdu des habitudes et les conditions météo étaient loin d'être les meilleures. N'empêche, il m'a semblé que mon modeste cerveau s'était purement et simplement débarassé du peu qu'il avait réussi à stocker jusque là. Désagréable impression que tout est à refaire... ce que je craignais justement en partant en Janvier dernier.

Bien des choses se sont passées chez ExactAir pendant mon absence. Le départ du chef-instructeur ainsi que du répartiteur et l'arrivée de leurs remplaçants, l'apparition d'un chef des opérations (dont la fonction exacte reste pour moi un mystère), l'acquisition d'un Cessna 310... mais, surtout, la perte de Julien, mon instructeur, qui a finalement décidé de travailler sur les patrouilles de feu cet été et qui s'affaire actuellement à la préparation des patrouilleurs. Moins de travail, et plus dollars. Son rythme infernal d'instructeur aura finalement eu raison de son goût de transmettre son savoir. Et je peux le comprendre.

Charles-David, InstructeurC'est donc à Charles-David, celui-là même qui me lâcha solo en décembre dernier, que revient la lourde tâche de m'enseigner l'art de voler. Je suis ravi que ce soit lui plutôt qu'un autre, je trouve ce garçon fort sympathique en plus d'être bon instructeur. Seulement voilà, Charles David a un emploi du temps de ministre et ne sera disponible que très tôt le matin, le soir et le week-end. Ce qui réduit nettement les possibilités d'avancer dans ma formation et de rattraper le temps perdu à Paris. J'ai, malgré tout, accepté cette nouvelle situation et tenterai de m'adapter à cette contrainte qui, je l'avoue, me contrarie un peu. Voire un peu beaucoup.

Evidemment, pendant que je suais à Paris à gagner ma vie dans l'espoir d'arriver financièrement au bout de ma formation, les autres élèves, eux, ont avancé dans la leur. Je retrouve donc Franck, désormais titulaire d'une licence professionnelle et bien occupé avec son Multi/IFR; Alex lui aussi professionnel, Multi/IFR et en pleine formation d'instructeur; Benjamin, chez ExactAir depuis un an seulement, et qui vient tout juste de passer avec succès son examen d'instructeur... Ces gars-là me semblent aller à la vitesse du son et cela ne fait qu'enfoncer le clou sur ma façon de percevoir mes propres capacités, même s'il est vrai que la plupart d'entre-eux ont commencé leur formation avant moi.

Le vol d'aujourd'hui est encore un vol de "révisions" sur les zones d'entraînement. Au programme : montées, descentes, virages, circuits... Et puisque le vent est traversier, nous finirons avec quelques posés-décollés par vent de travers que je n'ai pas encore eu l'occasion de travailler. Et, cerise sur le gâteau, une démonstration de panne moteur. A la suite de quoi un vol solo est prévu.
Le temps est magnifique et je ne serai pas le seul à taquiner le nuage cet après-midi, à en juger par le ballet d'avions qui se forme sur le parking d'ExactAir pendant que je prépare India-Lima-Charlie. Même les parachutistes sont de sortie ; et je dois dire qu'à les regarder "tomber", l'envie d'un petit saut me titille un peu.

India-Lima-Charlie a subi un beau lifting pendant mon absence. Il est passé de "blanc-gris-pas-très-propre et orange-pisseux" à une magnifique livrée "blanc-neige, rouge sang et bleu nuit". L'intérieur n'a pas été oublié et les sièges sont passés de "sky beige-caca-d'oie" à un beau textile tissé gris souris du meilleur effet. Les tapis et garnitures ont aussi été refaits. Même les dossiers sont signés aux logos de Cessna et ExatAir. On sent la volonté de soigner l'image de l'école. Je découvre par ailleurs qu'il sont maintenant réglables en hauteur, ce qui n'est pas un luxe.G-ILC
Cela peut paraître idiot, mais voler dans un avion propre dedans ET dehors, et qui sent le neuf vous fait aborder les choses de manière très différente. On se sent tout de suite très en confiance et plus respecté en tant que client. Cela dit, je n'ai jamais eu aucune inquiétude en ce qui concerne l'état moteur des avions d'ExactAir... il suffit de voir l'état irréprochable de l'atelier pour en déduire rapidement le sérieux avec lequel les machines sont entretenues.

C'est à 3500 pieds d'altitude que Charles-David me fait retravailler mes bases quelques minutes plus tard. Augmentation de vitesse en montée, réduction en descente, virage à 30° par la droite, puis par la gauche, mise en vol lent... J'éxecute ces exercices avec un peu d'hésitation et surtout, je suis un peu approximatif lorsque Charles-David me demande d'énoncer les procédures avant de les réaliser. Je les ai pourtant révisées hier soir !
Charles-David me fait remarquer que je n'utilise plus mon palonnier et ne compense plus l'avion non plus. Il a raison : je suis redevenu mono-tâche. Quel contraste avec mon dernier vol solo de janvier !
Les communications radio sont quasi permanentes, conséquence d'une forte densité de trafic dans le secteur. Il m'est parfois difficile de comprendre ce que me dit mon instructeur et je dois redoubler de concentration. Mais d'un autre côté, c'est aussi l'occasion de revoir la phaséologie.

De retour vers l'aéroport une heure plus tard, nous constatons que le vent est capricieux, sa direction variant quelque peu. Charles-David demande à la tour l'autorisation d'effectuer les posés-décollés sur la piste 18, histoire de faire les premiers circuits avec un vent de face. Le premier atterrissage effectué, je remonte les volets à 10°, pousse la réchauffe-carbu et les gaz et nous voilà repartis pour un circuit.
Premier virage par la gauche à mille pieds, remontée des volets... Charles-David me parle mais je n'entends rien de ce qu'il me dit. Je cherche mes repères. Je n'arrive pas à me situer par rapport à la piste. Je ne sais même plus si je "longe" la bonne piste et, pour tout dire, je ne reconnais pas vraiment l'aéroport. Et tout d'un coup, le trou noir ! Je n'ai aucune idée de ce que je dois faire maintenant et reste quasiment figé, cherchant dans les tréfonds de ma mémoire les gestes à poser. Charles-David me regarde interloqué, mais réalise très rapidement que je suis bloqué, incapable de faire fonctionner plus de deux neuronnes à la fois (si j'en possède toutefois plus). Electro-encéphalogramme plat.
A cet instant précis, je comprends très bien ce qui cloche, mais je suis dans l'incapacité de réagir pour reprendre le contrôle de la situation. Le changement de piste et l'absence des repères visuels habituels viennent tout simplement de boulverser la séquence de gestes que j'effectue d'ordinaire très bien en circuit sur les pistes un-deux et trois-zéro. Car chacun de mes gestes dans le déroulement du circuit est habituellement conditionné par ma perception visuelle de la piste et de ses alentours.
J'essaie désespérément de transposer mentalement la procédure habituelle sur ce nouveau circuit... rien à faire. Je sens Charles-David dans l'attente d'une révélation, un sursaut de ma part. Mais la lumière ne vient pas, je ne trouve pas l'interrupteur. Je rends mon tablier.

- A toi les commandes, je sais plus où j'en suis, là...
- Ok, pas de problème, garde les mains sur le manche, je vais t'amener en finale et tu poseras toi-même.


Charles-David me repasse les commandes avant la base et je pose l'avion quelques instants plus tard, évidemment attéré par tant de nullité. C'est dans des moments comme celui-ci que j'aimerais n'avoir jamais commencé cette formation de pilote, anéanti que je suis de tant d'incompétence.
A peine touché terre, Charles-David adopte la bonne stratégie et ne me laisse pas le temps de penser.

- Ok, volets 10°, chauffe-carbu off, remise de gaz , tu tires, mise en palier, tu laisses monter et c'est reparti pour un circuit !

Il n'en fallait pas plus pour me remobiliser et j'aborde ce nouveau circuit plus sereinement et surtout bien plus efficacement. Je viens de comprendre qu'il est primordial d'effectuer les circuits de temps à autre sur des pistes différentes afin de ne pas tomber dans une malsaine routine. Et je devine aussi que l'heure qui vient de s'écouler à bord de cet avion m'a épuisé et que je vais devoir me réhabituer à encaisser physiquement et mentalement dans une boîte de conserve. Les circuits suivants se font sans difficulté mais la fatigue allant en augmentant, je me sens de plus en plus à la lutte avec la machine, la main gauche crispée sur le manche et le genou droit littéralement incrusté dans la roulette du compensateur.

Charles-David ne s'attarde finalement pas sur les atterrissages par vent de travers, ce dernier s'étant justement pas mal redressé dans les dernières minutes. Le dernier atterrissage est précédé d'une simulation de panne moteur qui sera, je suppose, le sujet principal de mon prochain cours en vol.
Je sais déjà qu'il n'y aura pas de vol solo. Je suis bien trop épuisé pour gérer un deuxième vol, et de bien trop mauvaise humeur pour l'apprécier, de toutes façons.

De retour chez ExactAir et une fois le vol débriefé, Charles-David m'annonce qu'il est plus sage pour la suite de ma formation que je change d'instructeur, son emploi du temps ne me permettant pas de voler assez régulièrement. Je suis tout à fait d'accord avec lui sur le principe mais j'avoue que l'idée de changer de nouveau d'instructeur me déplaît un peu ; et je ne vois pas avec quel autre je suis susceptible de me sentir à l'aise.

- Benjamin vient de passer instructeur, tu pourrais finir ta formation avec lui...

Ai-je vraiment le choix ? Je ne connais pas très bien Benjamin. Je sais juste qu'il est, lui aussi, très jeune, qu'il a réussi son privé, son professionnel, son multimoteurs, son IFR et son instructeur en un an, et qu'il vient de commencer à instruire. Les quelques contacts que j'ai eu avec lui d'élève à élève m'ont bien plu car il est vif, intelligent et drôle. Compte tenu de son parcours, je le soupçonne forcément d'être, en plus, très doué. Vous savez, l'archétype du gars qui se fixe des objectifs, qui les atteint toujours, et qui énerve tout le monde, juste avec du talent. Sera-t-il un bon instructeur ?

Pour le découvrir, ne manquez pas les prochains épisodes de.... et blablabla.

2 commentaires:

Guillaume a dit…

Salut,

Accroche toi ce n'ai que la reprise !
Tu dois être comme un diesel, il faut le temps que sa chauffe et après on ne t'arrête plus.

Courage. Je ne doute pas de tes capacités et de ta pugnacité (pense au CSS 2 :-)).

Guillaume

Alexandra a dit…

Courage, je suis sure que ça va aller :D

Et puis c'est toujours mieux que le CSS2 ! *sort*

Alex