mardi 13 mai 2008

Perfect match.

La première fois que j'ai croisé Benjamin, mon nouvel instructeur, dans les locaux d'ExactAir, il m'avait fait l'effet d'un lycéen branché sortant tout juste de boîte de nuit : cheveux méchés trois couleurs, piercing au sourcil gauche, jeans taille basse très tendance, Adidas F1 aux pieds, sac en bandoulière trois fois plus gros que lui, Ray Ban fumées chrome posées sur le crâne, et un trousseau de clés qu'il agitait bruyament en commentant malicieusement les peripéties d'un pilote ou instructeur que je ne connaissais pas. La première chose qui me frappa chez lui fut sa capacité à capter l'attention de son entourage. Pas très grand, il n'en avait pas moins de présence ; son humour, sa répartie, son regard clair, direct, et son sourire "Hollywood" y étant, je pense, pour beaucoup. Très franchement, à voir ce petit bonhomme qui ne me paraissait pas avoir plus de seize ans, je lui aurais presque demandé si sa mère savait qu'il était là, et s'il avait rangé sa chambre avant de partir.

Il est 11h15, et je suis en train de "jaser" avec Marie (qui aujourd'hui a les yeux marrons !) de tout et de rien dans un des "cubicules" qui nous servent de bureaux pour travailler nos cours, lorsque Benjamin apparaît dans l'encadrement de la porte. Il a toujours le regard clair et le sourire Hollywood. Mais il a troqué son "fashion look" contre un style plus "corporate" : pantalon bleu marine, chaussures de ville en cuir noir, chemisette blanche à épaulettes et une cravate rouge parfaitement nouée aux motifs de circonstance... des avions, bien évidemment. Manque plus que la pince à cravate au logo ExactAir ; mais il faut vraiment être un vieux c... dans mon genre pour imaginer que ce genre d'accessoire se porte encore !
Le piercing a disparu, les mèches aussi. Seul un soupçon de gel coiffant vient "égayer" quelque peu ce look strict, mais qui lui va très bien. Le sac aviation multipoches est toujours là, lui aussi, et toujours aussi gros. La première chose qui me vient à l'esprit en le voyant si bien de sa personne est : "Si sa mère le voyait, elle serait fière de lui". Je sais, c'est cliché, mais il n'empêche que c'est sûrement la vérité, cette bonne dame aurait probablement le coeur en vrac et la larme à l'oeil de voir son rejeton de 22 ans prêt à en apprendre à un vieux chnoque de 43.

Marie nous laisse et Benjamin et moi faisons le point sur ma progression. Je sais que Charles-David lui a "laissé quelques billes" à mon sujet et je ne m'attarde pas sur les problèmes que je rencontre. Benjamin feuillette mon carnet de formation, me pose quelques questions, je lui explique ce que j'attends de notre "relation" et insiste sur la nécessité de me faire un feedback le plus honnête possible sur mon travail en vol. Je ne veux pas d'indulgence, je veux savoir exactement ce que je vaux et je veux devenir un bon pilote. Il semble me recevoir cinq sur cinq. Il est midi... fin de la "jasette", à table !


13h00. Je démarre India-Lima-Charlie sous l'oeil bienveillant de Benjamin qui a pris place à ma droite. Je vois tout de suite le premier avantage a avoir changé d'instructeur; car si Charles-David était un peu plus mince que Julien qui n'était déjà pas bien gros, Benjamin, lui, est encore plus menu, mais aussi plus petit. Je gagne donc un peu plus d'espace dans la boîte à sardines à chaque changement d'instructeur...
Alors que le ventilateur qui nous précède va déjà bon train, Benjamin suit d'un oeil attentif ma check-list et me donne quelques petits trucs pour la parfaire. Son unique préoccupation pour ce vol d'entraînement est de faire le point sur mes connaissances, ce que je sais faire, moins bien faire, ou pas du tout. Il a décidé de me faire travailler le vol lent (phase "critique" au décollage et à l'atterrissage), les virages grande inclinaison, les décrochages sans moteur( entendez par là "puissance réduite au minimum"... les instructeurs étant courageux, voire téméraires, mais pas forcément suicidaires), et quelques circuits avec posés-décollés.
Bien calé dans son siège, Benjamin est d'un calme olympien.

Nous nous élançons en un-deux par vent de travers quelques minutes plus tard. Manche dans le vent, l'aile droite s'affaisse comme prévu, et je m'applique à réagir comme me l'a appris Charles-David lors des deux derniers vols. Je laisse à l'aile le temps d'accrocher l'air et redresse doucement la machine à l'horizontal pour l'emmener ensuite dans un palier qui me permet de me réaligner sur l'axe de piste et de prendre de la vitesse avant de monter. Opération réussie... j'ai à coeur de montrer à mon nouvel instructeur que je peux "faire quelques trucs" quand même. Car si lui content, moi content... c'est idiot, mais c'est ainsi que je fonctionne.
Comme me l'a demandé la tour, j'effectue un virage à gauche à 2000 pieds, puis un second et nous voilà partis pours les zones d'entraînement.
Arrivés à la verticale des zones, Benjamin me propose de s'occuper des coms radio histoire de ne pas me mettre plus de pression que nécessaire pour les excercices en vol. J'accepte.
S'en suit une série de mises en vol lent, de virages 360° à grande inclinaison et de décrochages que je réussi dans l'ensemble assez bien... à mon grand étonnement. Car il y a là un contraste évident avec les premiers entraînements poussifs effectués depuis mon retour au Canada. Il me semble que je reprends possession de l'appareil, j'y suis plus à l'aise, moins à la lutte, je retrouve les bonnes sensations, notamment dans les virages à grande inclinaison qui sont amusants à travailler lorsque que l'on aime se faire chahuter. Mais à mon avis, un autre facteur est déterminant dans la qualité de ce vol d'entraînement : le contact avec Benjamin. Aucune marque de nervosité, ses paroles et ses explications sont claires, précises, jamais hésitantes. Il est très posé, va droit à l'essentiel et connaît très bien son affaire. Il se permet même le luxe d'une sorte d'autorité savament dosée, utilisant le "je veux" et "j'aimerais" exactement comme il faut et lorsqu'il le faut. Jamais je n'aurais osé cela à son âge. Bref, il est déjà très professionnel, il a effectivement le talent dont je le soupçonnais, et j'ai l'impression qu'il a fait cela toute sa vie. Je suis définitivement ravi de voler avec lui et je pense que nous allons faire un bon "duo".

Sur la route du retour, je réalise qu'il y a un deuxième avantage à voler avec Benjamin qui totalise à ce moment précis quelques 300 heures de vol pour 6 heures d'instruction seulement. En tant que jeune instructeur tout frais émoulu, il a la gnac ! Il a à coeur de bien faire les choses et d'appliquer ce qu'il a appris, et sa propre réussite est intimement liée à la mienne et celle de ses autres élèves (dont le nombre viendra vite à grossir, j'en suis sûr).
Je me remémore mon premier ressenti lorsque Julien se présenta à moi pour la première fois... mais finalement, vaut-il mieux un viel instructeur certes expérimenté, mais aigri, blasé et "jemenfoutiste", ou un jeune instructeur moins expérimenté, mais qui va prendre son travail à coeur, vous prendre vraiment par la main avec toute sa motivation et l'énergie de sa jeunesse, et vous tirer par le haut pour vous faire grimper la côte ? J'avoue que la jeunesse me plaît de plus en plus...

Benjamin décide de me faire faire quelques circuits avec posés-décollés vent de travers avant de mettre un terme à cette heure et demie d'entraînement. Là encore, je me débrouille globalement bien, si ce n'est quelques petits soucis avec les posés qui ont un peu approximatifs. A ma décharge, je ne suis pas encore très habitué au vent traversier.

Je ressors finalement de cet avion content du travail accompli (notez-le bien, cela n'arrive pas souvent)en ayant acquis deux certitudes : un, j'en suis capable; deux, Benjamin EST l'instructeur qui me correspond exactement ! Cela ne remet pas en cause le travail de Julien et Charles-David, bien évidemment. Simplement, Benjamin a une façon de faire qui me semble parfaite et, surtout, qui me convient à merveille.

Julien, Alexis, Charles-David, Benjamin... au risque de parler vieux, je dois dire que je me rends compte que j'ai un certain attachement pour ces garçons. Car malgré leur jeune âge, ils savent ce qu'il veulent et ont osé aller le chercher. Il ont lutté et travaillé pour l'obtenir, mais avant tout, ils y ont tous cru. A leur âge, je n'avais pas appris à savoir ce que je voulais, je n'avais pas leur force de caractère pour l'obtenir, je ne croyais en rien, surtout pas en moi-même.
Et en plus d'être tous extrêmement sympathiques, ils sont tous passionnés et passionnants. A leur âge, j'étais probalement sympathique, mais chiant comme la pluie. Mais comme disait le journaliste-écrivain Maurice Chapelan : "Chaque âge a ses problèmes. On les résout à l'âge suivant." Alors rien n'est perdu.

Ces garçons ne m'apprennent pas seulement à voler. Ils m'apprennent aussi à vivre. Et du haut de mes 43 ans, je trouve cela peu banal.

3 commentaires:

Juju a dit…

Hello Boy !!!

J'ai lu avec attention tes messages, je suis content de voir que tu as trouvé l'instructeur qu'il te fallait, c'est très important.

Je te souhaite une bonne continuation mon ami, puis on se redonne des nouvelles.

Je suis à Maniwaki depuis le 14 avril pour les patrouilles des feux, si tu entends C-FRZE (C182RG) dans le coin de Montréal, c'est moi ;)

@ bientôt

Juju

http://juju-pilote.blogspot.com

Guillaume a dit…

Le diesel commence à chauffer c'est cool. (il suffisait de trouver la bonne bougie pour l'allumage)

Bonne continuation

Guillaume

Rémy a dit…

Salut !

Pour commencer on ne se connais pas, mais je connais personnelement Benji, et je tiens déjà à te remercier pour toute ses éloges à son egard :p

Crois moi tu ne te trompes pas, ce jeune homme sais ce qu'il veut, et prend vraiment sont metier à coeur :D

Sur ceux bon courage et bonne continuation dans ton apprentissage :)