lundi 21 juillet 2008

Les jolies colonies de vacances…

Avec la fin de l’année scolaire et le temps des vacances, il règne une atmosphère des plus particulières, actuellement chez ExactAir. Depuis le 20 juin dernier, comme chaque année, l’école abrite en son sein 20 cadets de l’air, francophones et anglophones, pour huit semaines. Tous sélectionnés par l’armée de l’air pour suivre les cours et apprendre à piloter (Oh! merci la RAC et les contribuables canadiens !).
Ces jeunes ont en moyenne 16 à 17 ans. Ils n’ambitionnent pas nécessairement tous de devenir pilotes mais passent leur été la tête dans les nuages et le nez dans les bouquins pendant que leurs camarades de classe passent le leur à tripoter frénétiquement la Nintendo DS ou la télécommande du « cinéma-maison », probablement avachis dans le canapé du sous-sol familial.
De ce fait, l’activité d’ExactAir est nettement plus intense et la présence de ces ados met beaucoup de bonne humeur, de mouvement et d’insouciance dans cet environnement habituellement plus calme. En fait, l’ambiance qui règne ici depuis quelques temps est un savoureux mélange d’école de pilotage, de classe de troisième, de MJC, et de colonies de vacances. Et qu’on ne s’y trompe pas… si après quatre semaines seulement les instructeurs sont déjà sur les genoux par toute l’énergie déployée pour instruire et gérer les flos, ils ne sont pas les derniers à participer à cette ambiance potache et bon enfant. J’en veux pour preuve les arrosages sauvages de cadets, le fond et la forme des infos trafic, toutes plus exotiques les unes que les autres, et déroulées sur des accents étrangers ou mentionnant, dans des fou-rires tonitruants, des altitudes de vol de 33000 pieds et des vitesses de croisière approchant Mach 1. Du grand n’importe quoi. Mais du n’importe quoi qui traduit peut-être un besoin de décompresser et de repousser les limites de la fatigue engendrée par une cadence de vols probablement proche de l’inacceptable.

La présence des cadets est aussi l’occasion pour nous, adultes, de nous souvenir de ce que nous étions à leur âge. Et justement, je ne crois pas avoir jamais ressemblé à l’un de ces jeunes. Car à mes yeux, ces gamins sont des extra-terrestres. Dans leur combinaison de vol bleu sergé, patchées de blasons et insignes mystérieux, ces « schtroumpfs volants » sont une véritable source de curiosité. Tant entre eux que dans leur interaction avec leur instructeur, ces mômes m’intriguent et je m’amuse beaucoup à les observer et à essayer de décoder leur mode de fonctionnement. Bien qu’ils viennent volontiers vers moi, j’évite d’avoir trop de contacts avec eux car je crains d’interférer dans leur relation avec leur instructeur. Mais j’avoue que ce n’est pas l’envie qui m’en manque parfois.

La première chose qui m’ait interpellé et amusé chez ces jeunes, c’est l’inégalité physique qui les différencie les uns des autres, leur croissance étant bien évidemment encore en train de les métamorphoser. Car si quelques-uns d’entre eux sont de taille « normale » pour leur âge, la plupart sont soit trop petits, soit trop grands. Il est donc fréquent de voir les plus petits schtroumpfs monter dans leur avion avec, en plus de leur planche de vol et leur casque radio, un épais coussin, un oreiller ou un matelas de transat plié en trois afin d’être à la bonne hauteur. Les plus grands, eux, affichent une physionomie dégingandée, vaguement nonchalante, une gestuelle maladroite et empruntée, une démarche « gondolante », et une tendance à voir beaucoup mieux par-dessus les ailes des avions que par dessous.

Le deuxième point frappant - mais pas le moindre - chez ces jeunes est leur étonnante capacité à ignorer presque totalement l’autorité de leurs instructeurs et la hiérarchie adulte/ado, si tant est qu’elle existe vraiment. Leur façon de s’adresser à leurs instructeurs ou de répondre à une demande frôle parfois l’insolence, et leur sourire en coin trahi indubitablement et très précisément la pensée qui leur traverse l’esprit à ce moment, et tout le « bien » qu’ils pensent de la remarque ou la demande qu’on vient de leur faire. De toute évidence, ils sont encore dans le processus de test de l’autre, cherchant l’extrême limite qu’ils seront capables d’atteindre, et allant même jusqu’à broyer les côtes de leur instructeur à coups de coude, en vol ! Et à ce jeu là, je ne suis pas sûr qu’ils soient les grands perdants. Du moins pour l’instant. Car les longs soupirs d’exaspération que j’ai pu surprendre ici et là de la part des instructeurs trahissent à eux seuls une fatigue certaine, et bien des interrogations quant à la méthode à employer pour capter toute l’attention des « schtroumpfs » et obtenir une réponse positive à leur action pédagogique. Ce qui, heureusement, n’empêche pas tout ce petit monde de s’organiser des « sushi-party », des matches de foot, et, j’imagine, quelques bonnes parties de rigolade, le soir après les cours.

Le jour des premiers solos pour les cadets est arrivé au bout des huit premières heures de vol seulement pour certains. Dois-je préciser qu’ils m’ont mis, ce jour là, un bon coup au moral et que je me suis senti tout à coup bien vieux ??? Certes, ils ne font que cela toute la journée et apprennent à leur âge beaucoup plus vite que moi au mien. N’empêche, difficile de ne pas avoir mal à l’ego devant de tels résultats, et je traîne un drôle de vague à l’âme, depuis.
Evidemment, l’émulation créée par la compétition qui s’installe naturellement entre eux est propice à leur rapide progression. Nous ne sommes pas très loin de la salle de cours de « Top Gun »… sourires carnassiers, Ray Ban Aviator, et Mach en moins, cela va de soi.
Si les « détails » techniques, mécaniques, météorologiques, etc… ne sont pas parmi ceux qui les passionnent le plus - et on peut les comprendre - ils ont visiblement très vite pris goût à voler et je les vois souvent piaffer d’impatience à l’issue des cours au sol ou lorsque la météo ne leur permet pas de décoller.

Je ne cacherai pas que les premiers lâchers solos dans les zones d’entraînement furent quelque peu objets d’inquiétude. Tant pour les instructeurs que pour les autres élèves adultes dont je fais partie. Car bien que visiblement intéressés par ce qu’ils font, les « schtroumpfs » n’en sont pas moins de très jeunes moineaux qui s’éparpillent encore joyeusement au gré de leur impulsivité, de leur déconcentration et de leur distraction. Donc, les savoir dans le secteur lorsque l’on s’entraîne en vol est loin d’être un gage de tranquillité. J’en veux pour preuve la voix emprunte de fébrilité de mon instructeur, samedi dernier, en vol dans les zones d’entraînement en même temps qu’un de ses élèves solos. Petit extrait :

- Charlie-Golf-Victor pour Mike-Uniform-Yankee… ... (silence radio)... ...Charlie-Golf-Victor pour Mike-Uniform-Yankee…(silence radio, toujours)... Charlie-Golf-Victor pour Mike-Uniform-Yankee…(silence radio, nettement plus pesant)... Charlie-Golf-Victor, tu me reçois ?...(toujours pas de réponse)… Mike Delta India pour Mike-Uniform-Yankee…
- Mike-Uniform-Yankee, Mike Delta India... j’écoute…
- Tu me reçois comment, là ?
- 5 sur 5, pas de problème.
- As-tu entendu des infos trafic de Charlie-Golf-Victor ?
- Non, mais je viens seulement d’arriver sur les zones…
- Ah ok… India-Lima-Charlie pour Mike-Uniform-Yankee...
- Mike-Uniform-Yankee, India-Lima-Charlie, continuez.
- As-tu entendu Charlie-Golf-Victor sur la fréquence ?
- Négatif, Benjamin, rien entendu.
- Tabarnack...! Où c’est qu’il est passé, c’t’ostie d’cadet ??? Charlie-Golf-Victor, tu m’entends ?...


La veille, un appareil m’avait fait la nique en passant à quelques dizaines de pieds au dessus de moi, dans mes douze heures, sans même s’être annoncé dans la zone.... juste de quoi imaginer ce samedi, avec une grande inquiétude, que ce genre de situation pouvait très bien se produire avec l’un des cadets. Mais quelques pieds plus bas… En fait, le moineau était déjà rentré au nid. Mais sans faire d’info trafic. Un pas bavard, probablement…

Si la timidité des voix de ces gamins, sur la fréquence des zones, a parfois trahi leur inquiétude lors des premiers vols solos, il faut bien dire que cela n’a pas duré. Très rapidement, ils ont été capables de se situer et de faire leurs infos trafic avec précision ; et leur assurance grandissante laisse aujourd’hui deviner une prise de conscience elle aussi de plus en plus grande de ce qu’ils font.
Leurs discussions au sol, en attendant de « monter dans le manège », traduisent elles aussi leurs progrès fulgurants. Et c’est un vrai bonheur de les entendre commenter leur vol précédent et leurs propres actions, insistant parfois sur le détail qui, à les écouter, tiendrait presque du fait de guerre.
Les voir prendre seuls possession de leur avion est une image troublante. Difficile d’imaginer, en effet, que ces « bouts de cul » aient toutes les ressources pour rester en vie là-haut lorsqu’on les a vus griffonner des bunnies pendant les cours, se tartiner mutuellement la face de crème fouettée lors des repas, ou simplement finir en sanglots sur un coup de fatigue.

On l’a compris, j’aime bien ces mômes. Et je crois que j’aurais même bien aimé les instruire. Surtout lorsque je vois l’affection et la reconnaissance que certains sont capables de porter à leur instructeur, - en l’occurrence, Benjamin - ce qui reste l’ultime récompense du travail accompli.
Il m’est arrivé souvent, depuis que je vole avec Benjamin, de penser de lui qu’il aurait fait un bon petit frère. Visiblement, quelques cadets ont trouvé en lui leur « grand » frère. Car quelle différence y a-t-il entre le fait de lui offrir un T-shirt personnalisé relatant un fait d’armes, et celui de saloper intégralement sa carte VNC à grands coups de dessins et de messages personnels subliminaux pour l’obliger à la nettoyer ? Aucune ; les deux sont un grand témoignage d’amour : « On t’aime ben gros, ne change rien ». A leur façon à eux.

Et dans quelques années, lorsque Benjamin, aux commandes de son DC10 préféré, entendra le mot « cadet », je suis sûr qu’il aura une pensée toute émue au souvenir de cette vieille histoire d’amour… le temps d’une drôle de colonie de vacances.

3 commentaires:

Québec2008 a dit…

hello


merci pour ce blog très intéressant et surtout passionnant car tres bien écrit!!!

Juste quelques questions : tu en es rendu ou financièrement?

Le logiciel qui emule la ligne free c'est quoi?

Quel etait le nom de ton ecole sur quebec?

Quel est selon toi le volume de vol minimal a faire par mois pour ne pas perdre ce que l'on a appris lors de la précédente leçon?

++

Greg

PilotBear a dit…

Salut Greg... et merci pour ta visite.

As-tu une adresse mail afin que je puisse répondre de la manière la plus complète à tes questions ?

A++

Pilotbear

Québec2008 a dit…

gregory.simon13@gmail.com

merci!