Acte II, scène 1.
Septembre est là et habille déjà les grands érables canadiens de leurs toutes premières feuilles rouges. Novembre, lui, se chargera de les dévêtir complètement pour quelques mois. L’été n’est déjà plus qu’un vague souvenir. Un été bien décevant, gris et pluvieux la plus grande partie du temps, notamment en août où les températures ont péniblement atteint les 27°C au Saguenay. Je réalise que je suis ici depuis à peine plus d’un an… il me semble que c’était hier. D’ailleurs, ce gris de septembre est le même que le gris de septembre dernier.Les cadets ont joyeusement repris le chemin vers leur avenir, avec en poche un joli papier bleu – leur licence privée - qui sanctionne un mois et demi de formation et un savoir théoriquement bien plus grand qu’à leur arrivée. Ils ont quitté leurs instructeurs complètement sonnés par toute l’énergie déployée pendant quelques semaines, mais aussi enrichis d’une expérience qui, à l’évidence, marquera longtemps leurs esprits. Les regards passablement hébétés de ces derniers au lendemain du départ des «flos»Petit nom affectueux donné aux enfants et surtout aux ados Québecois . faisaient d’ailleurs presque peine à voir et trahissaient toute la nostalgie qu’ils éprouvaient déjà par leur absence. Le vide et le silence sont parfois difficiles à supporter dans la routine aliénante du quotidien qui reprend ses droits, et dans la perspective d’un emploi du temps soudainement un peu trop « allégé » au goût de certains.
ExactAir est donc redevenue cette sage école de pilotage où règnent de nouveau le calme et l’étude. On s’y ennuierait presque, si ce n’était le ballet régulier des avions du CQFA qui, lui aussi, s’est réinstallé dans la routine de l’année scolaire.
Je n’ai quasiment pas volé depuis l’obtention de ma licence, le 31 juillet dernier. Je suppose que ce «succès » aurait dû me rendre fier de moi, me donner des ailes, et me faire sauter de joie. Il n’en fut rien. Car à l’heure des comptes et du premier bilan, ce succès n’en était que la moitié d’un à mes yeux. Un partiel à l’examen de théorie, un partiel au test en vol, un total d’heures de vol en duo dépassant largement le minimum requis pour l’examen, et un budget plus que doublé m’ont quelque peu gâché le plaisir. Un peu comme on ne se souvient que du mauvais café à la fin d’un excellent repas, je n’ai retenu que les points négatifs et j’ai « préféré » penser que j’avais à moitié raté cette licence. D’autres l’auraient à moitié réussie… Obsessionnel et buté. Voire aigri. J’aime gagner de belle manière et les demies victoires à l’arrachée m’ont toujours laissé sur ma faim et donné l’impression d’un hold-up, d’une usurpation. Certains diraient que je vois trop la vie en noir et blanc et que je ne laisse aucune chance au gris… Je dois reconnaître qu’ils ont raison.
Le doute, ce poison que j’arrivais jusqu’alors encore à distiller avec parcimonie dans mon esprit, a fini par en envahir les moindres recoins, me poussant à remettre en question mes capacités ainsi que la qualité de l’instruction que j’ai reçue. Mes acquis m’ont paru bien insignifiants et totalement éphémères. J’ai eu tout à coup la certitude de ne pas être à ma place dans un cockpit, et l’obtention de cette licence privée ne m’a aucunement remis en paix avec moi-même. Car bien que j’aie essayé de ne pas mettre la charrue avant les boeufs en démarrant cette formation, il est évident que j’ai toujours caressé l’espoir de devenir un jour professionnel. Cette licence privée ne représentait donc pas grand-chose pour moi si ce n’est un passage obligé et une porte donnant sur la voie professionnelle. Or, je conçois difficilement qu’un pilote professionnel puisse être médiocre ; et mon « médiocre succès » me laissait malheureusement entendre que je ferais peut-être partie de cette catégorie. Difficile à digérer.
De ce fait, mon instructeur a un peu fait les frais de mes humeurs et questionnements. Entre l’apparente incohérence des commentaires globalement assez positifs de mon carnet de formation et le nombre d’heures de vol qu’il m’a fallu pour arriver à l’examen, le dépassement du devis, et la désagréable impression, in fine, de ne pas avoir appris autant et aussi bien que j’aurais dû, je me suis demandé si le compteur n’avait pas tourné plus que nécessaire et si ma formation était gérée correctement. Il m’a donc semblé urgent de remettre les pendules à l’heure et de remettre en question l’instruction de Benjamin ; lequel a dû se répandre en justifications et déployer des trésors de bonne foi et de persuasion pour me convaincre et me rappeler que les six premiers mois de ma formation n’avaient pas servi à grand-chose du seul fait de l’interruption de 3 mois et demi l’hiver dernier. Finalement, en y regardant de plus près et en prenant ses arguments en compte, on peut considérer qu’il m’aura fallu quatre à cinq mois seulement pour obtenir cette licence. Ce qui reste dans les normes.
Résistant tout de même à la pression de mon instructeur qui souhaitait me voir passer sans délai du privé au professionnel, je me suis donc donné le temps de la réflexion. D’accord, je l’avoue, cette réflexion a souvent fait place à l’auto-flagellation, et seul un projet client arrivé à point pour ma santé mentale et financière semble m’avoir évité le service psychiatrique de l’hôpital de Chicoutimi.
J’ai essayé de me poser les bonnes questions, la première et la plus essentielle étant : « Aimes-tu toujours voler et aimerais-tu toujours en faire une carrière pour les 15 à 20 ans à venir ? ». La réponse étant « oui », dès lors, toute autre considération devient presque superflue. Il me faut donc accepter le fait que je n’ai pas 17 ans et que, n’apprenant plus aussi facilement que les autres élèves pilotes plus jeunes, la somme de travail nécessaire au succès est plus importante. Il me faut laisser un peu de côté les considérations financières et accepter que ma « relative lenteur » engendre nécessairement un dépassement de budget, lequel n’est que rarement respecté, de toute façon. Il me faut maintenant m’engager plus radicalement dans cette formation et cesser de tergiverser sur des problèmes ou difficultés qui n’en sont pas vraiment ou que je ne pourrai résoudre ou contourner, de toute façon. Mais surtout, il me faut absolument cesser de considérer que je ne saurais faire un bon pilote professionnel. Puisque de toute façon, je n’ai pas encore appris à être professionnel ! Et je dois garder à l’esprit qu’ici, les écoles de pilotages, qui ne sont pas des CQFA, ne forment pas vraiment de pilotes accomplis. Elles permettent seulement à leurs élèves d’arriver aux examens avec un minimum de connaissances théoriques et de compétences en pilotage. L’expérience et le professionnalisme ne viennent qu’ensuite avec les heures de vol et la volonté du pilote d’élever son niveau de compétences.
C’est donc après huit semaines de doutes et d’intense réflexion, les yeux rougis par un projet client m’ayant occupé quinze à dix-huit heures par jour, et le cerveau ramolli par de trop rares heures de sommeil que je sors finalement la tête de mon « trou à rats » pour respirer un peu et reprendre dans de meilleures dispositions (mais j’ignore encore pour combien de temps) les cours avec Benjamin qui, à n’en pas douter, a maintenant à cœur de me montrer ce qu’est un vrai pilote.
Jean Rostand disait : « C’est encore croire en soi que de douter de soi ». A bien y réfléchir, ce n’est pas faux. Toute la question est de savoir à quel moment le doute fait place à la certitude. Celle qui enterre l’espoir, qui rend fou et conduit à l’abandon du rêve.




12 commentaires:
Bon, et bien, je vais être la première à t'écrire ici ce que tout le monde pense déjà: on s'en fiche d'en combien de fois tu l'as eu, l'essentiel est que tu l'aies ;)
Pour ma part, j'ai eu mon bac à la quatrième fois. Je ne suis pas fière de l'avoir finalement obtenu, en revanche je suis fière de m'être accrochée jusqu'au bout pour l'avoir. Je me suis prouvée à moi-même que j'en étais capable, et c'était déjà énorme.
Et je pense sincèrement qu'aujourd'hui c'est le raisonnement que tu dois avoir.
On est tous abasourdi parce que tu viens de réaliser. Tu as de quoi gonfler le buste et montrer à tous que l'âge importe peu: tant qu'on a des rêve et qu'on y croit tout est possible!
Bon courage pour la suite, car je sais que tu n'abandonneras pas en si bon chemin (certains ne te laisseront de toute façon pas faire, et ils auront raison)
Sophie
Bonjour Monsieur l'Ours Volant !
Bien content d'apprendre que vous continuez votre aventure dans l'aviation... on était inquiet du long silence sur le blog.
Nous sommes deux jeunes étudiants de 20 et 21 ans, et nous suivons votre parcour depuis quelques mois. C'est très courageux à votre âge.
Nous avons aussi le projet de devenir pilote de ligne un jour et on pense passer nos licences au canada. Nous sommes des amis d'enfance et on aimerait étudier ensemble dans la même école. On a commencé à s'informer sur les écoles et on hésite encore entre les écoles au canada anglais et les écoles québecoises. Ici, c'est trop cher. Vous parlez très peu d'exact Air dans votre blog et on aimerait savoir si cette école vaut le coup, si la formation est vraiment bonne... combien ont-ils d'instructeurs ? On a cru comprendre que la PPL vous a coûté + cher que prévu... est-ce que c'est toujours comme ça ? Est-ce qu'on peut négocier les prix ? Est-ce qu'ils ont d'autres avions que les cessna pour la formation ? C'est quoi le taux de réussite de l'école ? Est-ce que la formation correspond à ce qu'ils vendent ? Connaissez-vous un peu les autres écoles ?
Bref, ça serait bien de mettre plus d'info sur l'école dans votre blog...c'est toujours mieux d'avoir les infos par les élèves que par les écoles qui disent ce qu'elles veulent.
Bon courage à vous et ne vous découragez pas ! Votre blog est vraiment super !
Pascal et Anthony
Salut les jeunes !
Je vais vous décevoir... l'objet de ce blog n'est surtout pas de faire de la pub ou de la contre-pub pour ExactAir, bien que le fait de citer son nom 3036 fois est déjà en soi une publicité. Si vous souhaitez des informations sur cette école, vous avez trois moyens :
1. le web : http://www.exactair.ca
2. la responsable marketing école d'ExactAir : marietremblay@exactair.ca
3. pilotbear008@gmail.com si c'est un vrai retour d'expérience que vous attendez.
J'aime bien votre idée de faire votre formation ensemble, ça pourrait effectivement faciliter un peu les choses.
Merci pour vos encouragements et bonne chance dans votre projet !
Bien à vous.
L'ours volant.
Salut
je vois que tu es en plein "retour de manivelle" PAS DE PANIQUE !!! tu as atteint un niveau que beaucoup vont t'envier. Tu vois ton diplôme depuis ton point d'arrivé mais essayes de regarder ton parcours depuis ton point de départ, c'est un mur que tu verrais. Malgrés tout ce que tu peux penser tu as fait preuve d'un sacré courage pour affronter tout ces cours et examens et tu y es arrivé. Alors ne perd pas courage et finalise ton parcours tu es en trés bonne voie !!
Merci pour ce point de vue plus constructif que le mien, Franck. Mon attitude est effectivement contre-productive... mais je me soigne !
Merci de ta fidélité.
PilotBear
Salut! Content de voir que tu continue ta formation! Je viens de tomber par hasard sur ce blog. Pour ma part je suis encore dans l'instruction, en vol cette fois, dans la région de montréal. Ne t'en fait pas. Les difficultées sont de nature a provoquer un questionnement. Mais ce sont ces difficultés qui procurent la fierté d'avoir accompli quelque chose.
Bonne continuité
Alexis
Respect… !
Je ne vois décidemment pas par quoi commencer mieux ce bref laïus après « m’être envoyé » la totalité du blog depuis ce matin, article après article, plus passionnant les uns que les autres !
Chapeau bas au rédacteur « grizzlièsque » pour la qualité de sa narration, qui je dois bien l’avouer, me laisse pantois…
Je ne peux que plébisciter le fond et la forme même si le fond, sur les tous premiers articles, me renvoient directement (mach2 minimum) vers une certaine personne de ma connaissance …que je ne connais que trop bien d’ailleurs puisqu’il s’agit de ma modeste carcasse !
Je me prénomme Nicolas, j’ai 41 ans, marié et deux belles poulettes de 9 et 7 ans .
Et alors ?
Je réside en Ardèche à proximité d’Annonay (75 kms au sud de Lyon et 50 kms au Nord de Valence)
Moui… ?
Il y encore 1 mois et demi, je « sévissais » dans une entreprise de transport en tant que Directeur de Succursale . Je bénéficie d’une solide expérience, appelons ça comme ça, dans cette magnifique profession . Statut Cadre, voiture, salaire correct, etc…Voila près de 18 ans que je suis dans ce milieu et ai travaillé dans 3 entreprises différentes pendant toutes ces années.
Jusqu’à présent, pas de quoi casser trois pattes à un canard me direz-vous…
En clair, depuis le 1er Septembre, je suis chercheur…à l’ANPE .
Là aussi, même si l’avenir peut se montrer incertain, je ne suis pas le seul en France, à me retrouver dans cette position . Courage, donc…
Mon problème réside dans le fait que lorsque je lis le blog, et ces premiers articles, je me reconnais à 250% dans l’état d’esprit de sieur Pilotbear sur le sens de sa vie et le tournant qu’il souhaite lui faire passer en changeant radicalement de cap… !
Je vous explique :
Voila près de 20 ans que nous avons l’idée (saugrenue ?) de mettre les voiles avec ma petite femme vers la terre de jacques Cartier . Seulement voila, les aléas de notre existence nous ont parfois interdit de le réaliser . Mon job ayant péri à fin Août dernier, voila que le spectre du départ recommence à nous agiter, s’imaginant cette fois, que c’est peut-être notre dernière chance de le réaliser et de faire enfin ce dont nous rêvons depuis de nombreuses années…
Bon ok, nous sommes deux de plus, ce qui ne facilite pas (encore moins) la décision de détaler vers des cieux différents .
Voila des années que mon job m’em……….royalement et je m’imagine pas (plus) le faire pour les 20 prochaines années…
Nous v’la beau…
Un léger détail à préciser également (pas sur qu’il est une quelconque importance dans le sujet…), c’est que je suis passionné par l’aéronautique . En 1996, après avoir vendu mon bolide motorisé à deux roues (un point commun ?), j’ai entrepris une formation de pilote privé sur c152 sur l’aéroport de Lyon Bron . Formation non terminée, à mon grand dam, par l’arrivée intempestive de ma première poulette…Dans la vie, « fo y faire des choix » (j’ai volontairement ajouté ce « y » pour vous décrire le parler rhône alpin… Ils mettent pleins de « y » dans leur phrases…Hallucinant, non ? nan…
J’avais mon théorique en poche et 30 heures à mon actif (dont 3h00 solo), rien de transcendant, donc .
Je précise qu’il s’agit d’un choix perso et que ma femme n’est absolument pour rien dans cette prise de décision personnelle, bien au contraire . Je me disais à l’époque qu’en faire un métier était trop coûteux, avec 0 débouchés, et qu’une licence privée permettait tout de même de voler . Je trouverais bien un moment pour continuer plus tard…
Seulement , les années passent, et jamais rien ne se fait si on ne décide pas à un moment donné de foncer…
Mon job me prenant (la tête, je vous l’ai déjà dit) énormément de temps, on repousse systématiquement . Les semaines de 35h, je n’ai jamais connu, et il m’est arrivé régulièrement de bosser le we…Passons…
Aujourd’hui, je suis disponible pour travailler dans une autre entreprise… de transport ! Mais cette fois, je sens bien que je n’en ai ni l’envie, ni la motivation obligatoire pour être performant dans mon job et pour pouvoir booster ses équipes et faire en sorte qu’ils se sentent bien dans leurs activités respectives .
Et c’est évidemment là que cela commence à coincer… Que faire, vers quoi se tourner avec cet handicap d’age… Pour ce qui me concerne, je n’y crois pas un seul instant, mais il suffit de lire les offres pour comprendre que la charnière s’effectue après 35 ans… Arggglllll ! ! !
Etant plutôt quelqu’un de réfléchit, et n’ayant aucunement l’envie de mettre ma famille en danger, je m’imagine assez rapidement me diriger vers ZE AILLEDI (sorry for my english…) tout en comblant 2 manques à la fois :
- Immigrer au canada et passer un PPL+CPL+IR (on verra après pour le ME)
Ca continue à coincer davantage au fur et à mesure de mes réflexions …
Ma femme est partante… ! Damned ! manquait plus que ça…
Nous allons envisager un voyage court de prospection .
Si nous passons par Chicoutimi, pour rencontrer des gens de Exact Air, il se pourrait que nous lancions une invitation à un PPL sur place, et futur CPL… Ok pour une bière, Bear ? (je sais c’est pas facile à dire…)
Après tout ce boulot, et le succès de cette première étape, il serait dommage de stopper ça en l’état, non ?
Non bien sûr…
Bon courage pour la suite
Nicolas
Salut Nicolas.
Merci pour le compliment et surtout bravo pour tout ce courage à saisir un si long message dans une si minuscule boîte de dialogue !
Je vous propose que nous entrions en contact directement par mail si vous souhaitez plus d'infos sur le Québec et ses écoles de pilotage... mon adresse étant : pilotbear008@gmail.com
A bientôt
PilotBear
toute l'ardeche "y" se retrouve ici on dirait ;-)
Et la suite ? Rien de grave au moins ?
Hé Mousse, n'oublie pas tout le chemin que tu as parcouru jusqu'ici.
Je t'ai vu faire, et ce n'était qu'au printemps dernier. Rien ne m'a
semblé aussi naturel que de retrouver 2 ailes greffées dans le dos.
Alors tiens le cap, parce qu'on est un peu tous dans la cabine arrière
là ;)...et il n'y a que toi aux commandes !
Bisoux
La scène suivante ???
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