samedi 7 février 2009

(Très) doucement, mais (très) sûrement. (Suite et fin)

Souvenez-vous... dans l'épisode précédent, je m'enorgueillissais, me vantais, et faisais le coq pour un test de navigation réussi à 68%. Ce n'est pas tant le résultat final, somme toute plutôt passable, qui me fit sauter de joie que le fait d'avoir réussi tous les calculs qui, d'ordinaire, me posaient quelques soucis rien qu'à la lecture de l'énoncé. La grande surprise fût aussi d'avoir résolu tous les problèmes relatifs au VOR et à l'ADF. Là encore, la seule vue de ce mot dans un énoncé tendait à déclencher chez moi des vents de panique qui, loin de m'aider à venir à bout du problème, semblaient me vider intégralement de ma matière grise. Ce début d'examen augurait donc une bonne nouvelle à la mi-journée...

Alors que je viens d'avoir le résultat de mon test, je me rends compte que ce n'est pas la nervosité qui me fait danser d'un pied sur l'autre, mais simplement la maudite tasse de café qui m'est descendu dans la vessie en moins de 10 minutes après le début du test de navigation, mais que ma concentration a jusqu’alors réussi à contenir. Nicole m'autorise à aller admirer de nouveau le magnifique jaune moyen des toilettes. Il est 10h05. Le jour, cette fois, s'est levé pour de bon et le hall du complexe Jacques Gagnon baigne dans une lumière blanche, intense et presque aveuglante. Les lieux sont déjà moins tristes et gris. Dans les étages, et notamment sur les balcons intérieurs qui donnent sur le hall, on rejoue Caméra Café - pause de 10h00 oblige - et les conversations vont bon train.

Un pipi plus tard, me voici de nouveau installé en salle d'examen, manches de chemise retroussées, prêt à en découdre avec le test météo. Nicole, visiblement moins stone ou mieux réveillée que deux heures auparavant, me souhaite de nouveau «bonne chance» dans un souffle discret, et s'éclipse aussi silencieusement que la fois précédente. Je l'imagine passer dans l'autre pièce et s'assoir face à moi, derrière le miroir sans tain. C'est un sentiment curieux que d'imaginer qu'une personne va vous épier presque à votre insu pendant une heure et demie, observer vos faits et gestes, décoder vos mimiques, capter vos difficultés, vous trouver beau ou laid, ou décider que votre chemise est d'un trop mauvais goût... A sa place, je m'amuserais beaucoup.

La météo a toujours été un problème très compliqué pour moi. Je comprends les données présentées séparément, mais il m'est très difficile de les associer et de comprendre quel scénario elles peuvent former ensemble. Je sais ce qu'est une masse d'air, un front chaud ou froid, une haute ou une basse pression, une cellule orageuse, etc... mais j'ai beaucoup de difficulté à modéliser un système météorologique dans mon esprit avec toutes ces informations. Si j'exclus les nuages et les précipitations, tout le reste relève pour moi de l'invisible. Donc de l'abstrait. Or, j'aurais la fâcheuse tendance à ne croire que ce que je vois... Je dois aussi avouer que la météo n'a jamais été mon sujet favori et n'a jamais eu sa place sur ma table de chevet ; ce qui semble être le cas pour nombre d'élèves-pilotes, d'ailleurs.
Néanmoins, beaucoup de travail avec Benjamin et Charles-David, notamment sur les trois derniers jours, m'a permis de bien progresser et d'être plus à l'aise sur ce sujet que j'aborde aujourd'hui avec plus de sérénité que d'habitude. Mon niveau de stress est très loin de ce qu'il a pu être les fois précédentes.

Nouveau clic initial, nouveau compte à rebours ; je suis à 1h30 du bonheur et la moité de cette licence professionnelle est maintenant à portée de main.
La première question qui s'affiche concerne les fronts. Elle est posée d'une manière qui me met le doute en tête et je ne suis pas du tout certain de la réponse. En fait, pour être tout à fait honnête, je ne suis même pas certain de bien comprendre cette question. Néanmoins, je garde mon calme et réponds après une longue réflexion.
Quelques questions plus loin, Transport Canada me donne l'occasion de manifester un certain énervement en me posant une question relative aux caractéristiques et au développement des cumulonimbus. Sur les quatre réponses proposées, trois sont quasiment identiques et ne sont pas du tout fausses, selon moi. Mais à l'évidence, selon le rédacteur de l'examen, l'une d'entre-elles est plus juste. C'est typiquement le genre de « pinaillerie » qui a le dont de me mettre en boule et de me déconcentrer. Le piège pour le piège ne m'a jamais semblé faire avancer les choses. Mais les questions de Transport Canada ont la réputation d'être souvent vicieuses, au mieux saugrenues, nous le savons tous ; et tout comme les autres candidats, je dois bien faire avec. N'empêche, trois autres questions du même tonneau font suite à celle-ci et c'est sans conviction que j'y réponds. Je ne m'y ferai jamais. Nouveau soupir d'agacement.

La deuxième moitié du test est axée sur la lecture d'observations et prévisions. Je suis généralement très à l'aise sur ce genre d'exercice qui consiste à décoder des messages et des cartes émis à l'attention des pilotes afin de les aider à préparer leur vol. Là encore, la difficulté est, le plus souvent, liée a des pièges. Par exemple, les METAR et les TAF sont en quelque sorte des messages codés dont les informations sont données suivant un ordre précis. Or, il peut arriver qu'une information soit redondante plus loin dans le message mais différemment quantifiée, par exemple. Ou encore qu'un code soit rarement émis, et donc méconnu. Il est donc très facile d'omettre une information dont l'absence supposée peut changer le sens global du message aux yeux du lecteur.
Les GFA, elles, sont des cartes du temps émises quatre fois par jour pour prévisions des nuages et du temps, ainsi que du givrage et des niveaux de turbulence. C'est souvent la densité de l'information qui peut rendre ces cartes difficilement lisibles ou provoquer de mauvaises interprétations. Donc, les questions de l'examen portent la plupart du temps sur des zones de lecture un peu floues, incertaines et qui prêtent à confusion. Mais fondamentalement, l'exercice est relativement simple. J'enchaîne d'ailleurs ces questions avec quelques hésitations, mais sans vraie difficulté.
La carte du temps significatif, en revanche, me pose plus de problèmes bien qu'une seule question y fasse référence. Aucune réponse ne me convient. Et pour cause... je réalise après plusieurs allers-retours sur la question que je résonne par rapport à une carte 500mb (500 millibars) alors qu'il est écrit noir sur blanc qu'il s'agit d'une 700. Réponse A : « la base des nuages est bien en dessous du niveau de la carte » ! C'est mon dernier mot.
Encore une fois, les calculs de calage altimétrique, d'altitudes vraie ou de hauteur des nuages ne me semblent pas me poser de problème particulier... mais je ne jurerais de rien.
Je termine le test en 45 minutes et prends donc le temps de revoir toutes mes réponses, de douter un peu, et d'en changer deux. Puis je décide d'évaluer moi-même mon test avant de le valider, repassant de nouveau chaque question et chaque réponse. Pour chaque réponse dont je suis absolument sûr, je dessine le coté d'un carré sur ma feuille de brouillon. A priori, 15 réponses sont bonnes ; soit juste la moyenne requise. Si on ajoute quelques réponses dont je ne suis pas forcément sûr mais qui peuvent être exactes, je sortirai de ce test de manière très honorable. Je valide, rassemble mes affaires et ressors de cette salle d'examens confiant, le cœur presque léger. Nicole, qui m'attend déjà derrière son comptoir, reprend ce qu'elle ma prêté et appelle Montréal pour leur demander de lui envoyer le résultat. Du coin de l'œil, je guette sur l'imprimante la sortie des feuilles de résultat que Nicole ne tarde pas à aller chercher. De loin, il me semble que le liste des points à revoir est très courte, ce qui confirmerait une réussite. Alors qu'elle prend le temps d'agrafer les deux feuillets, Nicole reste neutre ; pas moyen de déceler, dans son regard ou son attitude, le moindre indice de réussite. C'est au moment ou elle me tend le résultat qu'elle affiche un sourire presque contrit :

- Ah, là, par contre...

Dans un battement de cœur qui s'arrache de ma poitrine, mes yeux se portent aussitôt sur une improbable vérité : ECHEC ! 56%. Je viens de rater ce test d'une question...

- Oh non ! Merde, c'est pas vraiii... !!!

Mon juron tonitruant et mon poing qui tombe bruyamment sur le comptoir font sursauter la pauvre Nicole qui repart, la tête rentrée entre les épaules, s'affairer quelques instants à de menues tâches, le temps que je digère la mauvaise nouvelle.
Je parcours des yeux la liste des points à revoir. Sur les onze points, huit ne devraient pas se trouver dans cette liste car ce sont des points que je connais bien. Et parmi ces huit points, il en est quatre pour lesquels je ne peux m'autoriser aucune indulgence : deux METAR, un TAF, une GFA ! Les quelques hésitations que j'ai eues sur ces questions étaient justifiées, et j'aurais dû m'attarder un peu plus dessus. Pour ce qui est des quatre autres points, deux d'entre eux font référence aux questions dont les réponses étaient presque identiques. Je ne suis pas seulement tombé le piège, je me suis carrément vautré dedans!

Avec toutes les précautions du monde, Nicole revient vers moi, accompagnée de son agenda :

- Voulez-vous qu'on céduleDu verbe québecois "Céduler"... de l'anglais "Schedule" (programmer, plannifier, prévoir). Ils sont forts ces Québecois, non ? une nouvelle date ?
- Oui, le plus rapidement possible... ça commence à bien faire cette histoire...
- C'est minimum deux semaines après l'échec.... le 17, à 13:15, ça vous irait-tuPour ceux qui prendraient ce blog en route, le TU placé après un verbe, dans la "parlure" Québecoise, participe à la forme interrogative. Un peu comme le TI du patois normand...?
- Parfait.

Dans mon humeur de chien, je ne suis évidemment pas objectif. Mais une chose est certaine : il n'est pas du tout logique de retomber à 56% après avoir atteint des 85%en pré-tests. J'admets volontiers mes difficultés en météo et je sais être un élève un peu «torturé» et inconstant qui se tricote ses problèmes tout seul en situation examen. Mais il se trouve que la plupart de mes erreurs sont relatives à des points que je maîtrise habituellement plutôt bien. J'arrive donc de nouveau à la conclusion que quelque chose cloche dans la méthode d'apprentissage de cette matière.

3 commentaires:

Pilote.ca a dit…

Salut Pilotbear ....
Congrats pour la nav ..... la météo suivra bientot.
C'est un point important de ta future vie de pilote commercial ....
Si j'ai un seul conseil à te donner, ne change pas une réponse lors d'un test TC .... tu as mis le doigt sur un point important de leur test .... il y a rarement de réponses fausses, mais une question sur les 4 est plus juste en précision que les autres et bien souvent .... la différence se fait là ......
Tu as 75% de ton commercial written .... never give up ........ Encore une fois, c'est un examen difficile .... la somme de connaissance est importante ...... un seul et dernier point a bosser ....
May the force be with you ......

PilotBear a dit…

Merci de ces nouveaux encouragements que j'apprécie particulièrement de la part d'un futur instructeur...
Je pense qu'il va effectivement me falloir encore un peu de temps pour m'habituer aux pièges de TC. On va y arriver...

Anonyme a dit…

Hello Thierry,
Il y a bien trop de jours que je me suis perdu dans les méandres de ce qui reste de mon cortex usé comme un vieux jeans. Trop de temps qu'on ne s'est soufflé mot. Je viens de lire les nouvelles et je me rends compte que à l'heure qu'il est tu dois être en plein examen.
Comme on dit ici: "Je te tiens les pouces". Go Bear! Go!
- Pierre H. -